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Mes débuts catastrophiques à la ferme en Australie

Si cette histoire n'existait pas je n'aurais pas pu l'inventer. Je vais vous raconter mes débuts à la ferme, ça commence fin mai 2017.

Coucou,

L'heure était à trouver où faire mon travail à la ferme pour avoir une deuxième année en Australie. J'étais en communication avec deux anciens colocs de Sydney, ils avaient trouvé un endroit où il y en avait. Après une pause à Byron Bay, je m'y rends.

Mercredi 24 mai

Me voilà arrivé à Gatton (Queensland) pour faire mon travail à la ferme. Je m'installe au Carvan Park, c'est un camping de caravanes et mobilehomes usés jusqu'à la moelle. Par chance j'ai le grand luxe, un mobilehome de 3 personnes, mais il n'est pas tout à fait droit, il manque des bouts dans le sol et les lits sont pas très confortables (obligé de mettre ma glacière en dessous de mon lit pour avoir un sommier à peu près plat, mais ça pourrait être pire)… Bref, un peu le choc en arrivant dans ce taudis. Mais bon il y a du travail et les gens sont cools alors tentons l'aventure.

Jeudi 25 mai

Les gérants du camping donnent une liste de contractuels à appeler pour trouver du travail, je tente dans mon plus bel Anglais mais aucune réponse. Je discute avec les personnes autour de moi pour savoir comment ça se passe un peu le travail à la ferme. En gros, travail très dur et pas très loin d'être traité comme un esclave (les fermiers ont le pouvoir car si on veut prolonger le visa d'une année il faut obligatoirement faire 88 jours de travail à la ferme). Déjà que j'étais pas motivé, ça n'aide pas, mais bon, ça fera une expérience en plus.

Vendredi 26 mai

Je retente avec plein de SMS mais toujours aucune réponse. Comme il n'y a pas grand chose à faire dans la ville le temps passe assez lentement. Le weekend arrivant, peu de chance d'avoir un travail le samedi, c'est là que je commence à monter ma super vidéo de Byron Bay que vous avez déjà vu.

Le weekend passe et dimanche je reçois un message d'un des contractuels pour travailler le lendemain, youhou ! Départ à 5h15 pour aller couper des céleris et des choux-fleurs !

Lundi 29 mai

Le matin beaucoup trop tôt le contractuel arrive dans son 4x4. Premier contact avec cette personne, exactement le gros cliché du paysan raciste, sexiste et toujours avec sa cigarette (tout pour me plaire)… Bref, 6 personnes du camping montent, les sièges à l'arrière sont parallèles à la route, comme à l'armée ! Il passe chercher d'autres personnes sur le passage et on arrive à une 15aine dans la voiture qui doit être prévue pour la moitié. Après un peu plus d'une heure (et frigorifié (c'est presque l'hiver), le contractuel a laissé sa fenêtre ouverte tout le trajet) on arrive à la ferme. Prise de connaissance des lieux, et c'est parti pour couper des céleris ! Après un apprentissage rapide, le contractuel commence déjà à accélérer la cadence et à nous gueuler dessus (c'est payé à la tâche et non à l'heure donc plus on est rapide plus il a d'argent). L'aprèm est plus cool pour moi, je m'occupe de la mise en carton des choux-fleurs sur le tracteur. On m'avait prévenu que les céleris pouvaient bruler lorsqu'on les coupe (certaines parties malades), une partie de ma peau sur mon petit doigt est déjà partie, faudra faire attention. Premier jour mitigé donc, affaire à suivre.

Mardi 30 mai

Le matin à la même heure nous voilà repartis dans le 4x4 avec en plus de l'odeur de la cigarette celle des gaz d'échappement à l'intérieur de la voiture, pour 1 heure (mais avec moins de personnes)… Arrivé à la ferme, ce sera des choux-fleurs à couper pour aujourd'hui. C'est un peu plus compliqué à couper car il faut choisir les bons mais il n'y a pas de personnes derrière à te gueuler dessus du coup je préfère. 13h fin de journée, cool !

Mercredi 31 mai - 5h15

C'est le retour des céleris à couper et toujours avec la même super routine du matin, fuck ! Pour éviter de me refaire bruler la main j'ai acheté des gants. Après avoir fait le tour des magasins que je connaissais j'en ai trouvé que de jardinage, du coup un peu gros pour être précis. Le contractuel voit mes gants et me dit de les enlever car je ne serai pas assez rapide avec. Je lui réponds qu'il fait trop froid, que je n'ai pas encore envie de me faire bruler et qu'on verra bien si je suis rapide ou pas. En même temps je lui demande s'il sait où je peux en acheter des mieux. Il en aucun idée (s'en contre fou) et laisse répondre d'autres gens. On commence à couper et effectivement mes gants ne sont pas très pratiques. Je suis à la traine par rapport aux autres, la façon dont je coupe n'est jamais bonne, bref 90% du temps le contractuel me gueule dessus. Pause du matin, un peu de répit et d'énergie à prendre. On me passe des gants en plastique pour la suite, effectivement c'est mieux. Je prends le bon rythme et suis dans les premiers, le contractuel gueule encore mais un peu moins sur moi. À l'heure de la pause déjeuner, toute l'équipe (sauf moi) avait décidé de la sauter (30 minutes…) pour rentrer plus tôt à la zonzon. Forcément avec mon grand âge et mon corps en carton je commence à fatiguer et me retrouve dans les derniers. Mon ami le contractuel commence à me regueuler dessus. Je lui dis que je suis fatigué que ça serait cool d'avoir une pause mais il en a rien à cirer (pas mal d'autres personnes commençaient à être fatiguées mais fermaient leurs bouches).

Mercredi 31 mai - 15h00

Fini de couper et fin de journée ? Non, la ferme fait sa présentation avec différentes diapos. Vrai fin de journée et malgré mes gants (avec un côté aéré) j'ai beaucoup beaucoup de brulures aux mains. Dure journée, je discute avec mes collègues et leur dit que je finis la semaine et j'essaye de trouver un autre contractuel avec d'autres choses que des céleris à couper. Plus tard je reçois le message de la délivrance (tous les soirs le contractuel envoie un message pour dire à quelle heure ce sera le lendemain (car pas forcément toujours dans la même ferme)), « pas de travail demain » (moi non plus je t'aime pas). Je lui réponds « okay », vraiment pas envie d'insister et trop content de ne pas recommencer la même le lendemain.

Jeudi 1 juin - 8h00

Journée réconfort ? J'avais jusqu'à samedi pour aller chercher mon badge de paiement automatique des péages à la poste de la Sunshine Coast (2h30 de route). Pourquoi aussi loin ? Parce que ce badge met super longtemps à arriver et que j'ai mis une adresse vers là environ où je pensais être. Et puis c'est la plage et le surf alors ça me fera une bonne journée. Je pars de bon matin et l'autoradio ne marche plus, arf, plus qu'à chanter dans ma tête. Arrivé sur place je retire mon colis et cherche une plage cool. 1ere, 2e, bof. Il fait beau mais il y a beaucoup de vent et du coup un peu frais. Aucune personne sur la plage et encore moins à surfer. 3e plage je me jette à l'eau. Comme il n'y a personne sur la plage je préfère ne pas laisser mon sac et mettre ma clé de voiture sur moi. Comme c'est que du plastique et qu'il n'y a pas d'électronique ça le fera. Session de surf assez pourrie mais ça me fait toujours du bien d'être dans l'eau alors je suis quand même content. Je me change, rince ma combi et vais skouater un wifi gratuit public à 50m pour économiser de la data (pas de wifi dans mon camping). Après un peu plus d'une heure à tout rattraper ce que j'avais loupé je décide de rentrer.

Jeudi 1 juin - 16h30

Je monte dans ma voiture et démarre… ou pas. Noooooon, une de mes plus grandes craintes se produit et le monde s'est écroulé. Ça y est je suis fait arnaqué, j'ai pris une voiture pourrie, 150$ sur mon compte, ça va être la ruine de la ruine, j'suis à 200km de mon camping, il fait bientôt nuit, c'est la panique. J'appelle mon assurance mais elle ne peut rien pour moi. Je recherche sur internet (merci google) différents garagistes mais il faut amener la voiture pour qu'il l'examine. J'essaye différents garagistes mobiles mais aucun n'est dispo. Après avoir supplié, finalement il y en a un qui accepte. Une demi-heure plus tard le voilà, il teste l'arrivée d'essence, différentes choses, tout marche bien. Il s'installe à la place du pilote, me montre un point rouge et me dit que s'il ne s'éteint pas c'est que la sécurité de l'anti-démarrage n'est pas désactivée. Il appelle un gen pour consultation et il me dit que ça peut venir de la clé. Quoi ? Dans ce bout de plastique (et une voiture de 1999) il y a de l'électronique ? Il me dit que ça vaut le coup d'essayer la seconde clé et que sinon il faudra mettre la voiture sur un plateau pour l'amener à son garage et probablement démonter l'électronique, ordinateur de bord, etc. Les dollars défilent beaucoup trop vite pour mon coeur. Je lui dis que je vais tenter la seconde clé avant de faire quoi que ce soit d'autre mais forcément, la clé est au camping. Le garagiste me propose de me déposer à une gare, cool c'est déjà ça. 100$ plus tard me voilà arrivé à la gare.

(Entre temps j'étais en conversation panique avec les z'hamelin sur WhatsApp, un virement de secours a été effectué par les parents, merci ❤️)

Jeudi 1 juin - 17h30

Le train pour Brisbane a du retard je ne sais pas quand il arrivera. Il ne me reste que 20% de batterie et je ne sais pas comment je peux rentrer chez moi ni où dormir. 45 minutes plus tard (bravo la SNCF… ah non) je monte et demande des informations au contrôleur pour rentrer dans ma cambrousse. Il me dit que je peux aller jusqu'à Ipswich avec le même train (1h après Brisbane) mais que les 85 minutes de route ensuite ne seront faisable que le lendemain. Autant dormir à Brisbane et rentrer le lendemain car il n'y pas grand chose à Ipswich me dit-il. J'essaye de voir si des personnes de mon camping peuvent venir me chercher (ça fera moins cher qu'une auberge) mais bon le train n'est pas très rapide et je n'arriverais qu'à 22h. Comme tout le monde se lève vers les 4-5h ça fait un peu tard. En même temps je discute avec des potes et on me dit que le mécano c'est un rigolo, que jamais il n'y a d'électronique dans ces clés (dollaaaaaars). J'essaye un numéro d'un Uber qu'on m'a passé en espérant qu'il puisse venir me chercher à Ipswich, mais pas de réponse.

Jeudi 1 juin - 18h30

L'énergie est une denrée rare, je pars à la quête d'un câble d'iPhone dans le train (j'avais une batterie externe dans mon sac mais le câble était resté dans la voiture sur l'allume cigare). Après plusieurs demandes quelqu'un me prête son câble, c'est des gens bien alcoolisés qui gueulent bien fort mais bon pas le choix. Je branche mon téléphone qui était à 13%. Je fais quelques recherches sur les auberges à Brisbane, quelle station descendre etc. La viande saoule commence à faire beaucoup de bruit, et tout d'un coup 2 femmes se lèvent et l'une met un putain de gros coup de poing dans la figure de l'autre, sa bouche est en sang. Celle qui m'avait prêté son câble est une pote de l'attaquante. Forcément elles se barrent et reprend son câble, 20%, c'est déjà ça. On était arrêté à une gare et quelqu'un appuie sur le bouton d'urgence pour signaler l'agression. La police arrive, puis l'ambulance. Les policiers m'interrogent sur ce que j'ai vu, déposition, tout ça et le train n'avance toujours pas. Une heure plus tard le train redémarre. Une fois arrivé à Brisbane je décide de prendre une auberge juste à côté de la gare. Il reste des places et c'est pas trop mal. J'arrive dans la chambre, m'installe et trouve un chargeur, yeah ! Je suis bien épuisé je commence à dormir.

Jeudi 1 juin - 22h00

Des colocs rentrent dans la chambre et en voyant que déjà 2 personnes dormaient, ils commencent à jouer de la guitare et parler bien fort. Ils partent en soirée de longues minutes plus tard, enfin tranquille ! Malheureusement mon coloc du lit du dessous a ramené sa conquête de la soirée et décide de baiser comme s'il y avait personne autour (chambre de 8). Je me fais donc réveiller par des gémissements et des tremblements de terre de mon lit. Quelques minutes plus tard je peux terminer ma nuit.

Vendredi 2 juin - 7h00

Je me réveille. J'avais prévu de prendre le train de 10h30 mais comme je suis levé autant prendre celui de 7h30. Je m'habille, fais le checkout de l'auberge et pars à la gare. Maintenant il faut acheter un billet. Je vais sur une machine pour un billet unique mais c'est un peu cher. Avec la carte des transports de Brisbane ça sera moins cher, j'en achète donc une. Le temps avance et je ne sais pas trop où aller pour prendre mon train. Je trouve enfin la voie, j'arrive sur le quai et vois juste les portes se fermer… fuck ! 10 secondes trop tard. 3h à tuer, une petite marche dans Brisbane s'impose. J'avais mon appareil photo mais pas vraiment la tête à ça. Je retourne à la gare pour enfin prendre mon train et après de longues heures et 2 changements + bus, j'arrive à Gatton.

Vendredi 2 juin - 13h00

Si je veux être de retour sur la Sunshine Coast ce soir il faut que je me dépêche de manger (j'avais mangé que 2 barres céréales depuis la veille au matin) et de prendre quelques affaires, mais avant, la seconde clé ! Je la récupère et vois qu'il y a une partie du plastique qui est manquante, serait-ce cette fameuse partie électronique ? En même temps je discute avec mon coloc et me dit qu'il a eu le même problème en Nouvelle Zélande. Electronique morte et impossible de démarrer. Le problème de voiture pourrait être plus simple qu'il n'y parait, je suis un peu soulagé mais ça ne servira à rien de retourner à la Sunshine Coast car je ne pourrai pas démarrer la voiture, plus d'électronique dans les 2 clés. Le garagiste m'avait dit qu'un « locksmith » pouvait me faire des nouvelles clés si besoin. Je pars à la quête de ce locksmith dans Gatton pour avoir plus d'infos mais je ne trouve que de simples serruriers et ne peuvent pas grand chose pour moi. Je tente d'appeler le concessionnaire Subaru près de chez moi mais ils ne savent pas s'ils peuvent réparer ma clé ou non. Je tente un autre concessionnaire Subaru de la Sunshine Coast et me dit qu'ils ne peuvent rien et qu'il faut voir avec un locksmith, ils me donnent un numéro et me disent qu'il est cool. Je l'appelle donc et il me confirme qu'il peut bien m'aider. Il faut dans un premier temps que je leur amène la clé, ils voient s'ils peuvent la réparer et si non, direction la voiture pour reprogrammer l'électronique de la clé (il faut obligatoirement la voiture). Cool ! Et vous êtes ouvert le weekend monsieur le locksmith ? Nop. Bon bah plus qu'à attendre lundi avec le bon espoir que le problème soit bien la clé et que personne n'a rien volé dans la voiture… genre un drone. Ma voiture est sur le parking de la plage avec pas grand monde dans les parages.

Le weekend se passe, toujours avec une arrière pensée pour ma superbe voiture. Y'avait la teuf mais bon pas trop la tête à ça.

Lundi 5 juin - 7h30

J'ai booké un bus pour aller de Gatton à Brisbane et de Brisbane à la Sunshine Coast. C'est plus cher mais c'est plus rapide que les transports en commun et je n'ai pas 5 changements à faire. Ça serait bête d'arriver à la Sunshine Coast et trouver le locksmith fermé. Arrivé sur place à 12h20 et même si je passe à côté du locksmith, j'ai envie de voir si la voiture est OK. Je prends le bus descends à l'arrêt le plus proche de la plage, plus qu'1km à faire à pied, la pression monte. Sur la fin je cours tellement j'étais pressé de savoir. Je regarde à l'entrée du parking et ne vois pas de voiture… J'avance, j'avance et c'est en fait un gros arbre qui cachait complètement ma voiture, ouf, tout va bien ! Je teste si la clé remarcherait par miracle (je l'avais mis dans un sac de riz pour la sécher), mais non. Direction le locksmith pour de vrai. Il regarde ma clé et ouvre la partie électronique, c'était la guerre. Tout était bousillé. Une partie en verre est sensé protéger le tout mais c'était bien cassé. Il me dit que pour faire le remplacement de la clé ça sera 300$. Il voit ma tête et me dit, bon ok, 200$. Je lui dis OK et avec la 2e clé ? 250$. Ok, deal ! Un des employés avait juste fini sa pause du midi, je monte dans sa voiture et on va vers la mienne. Il branche un mini ordi sur ma voiture et reprogramme les 2 nouvelles clés en 2 minutes. Le voyant rouge s'éteint bien, c'est bon signe. Il teste de démarrer mais ça ne marche pas, la batterie était vide à force d'essayer l'autre jour. Il branche une batterie de secours et là ça démaaaaaaarrrrrre. J'étais tellement heureux et soulagé, j'ai failli lui faire un hug au gars 😀

Lundi 5 juin - 15h00

Je reçois un message d'un autre contractuel qui me dit qu'il a du travail pour le lendemain, « shed work », cool, j'sais pas ce que c'est mais j'accepte ! C'est l'heure de prendre la route et 15min plus tard mon autoradio remarche, what the fuck ? Mais cool ! De retour à Gatton je demande à mon coloc ce que c'est le « shed work » et me dit que c'est surement faire des cartons dans un bâtiment, cool.

Mardi 6 juin

Le contractuel passe me chercher à mon camping à 6h00 et nous amène à la ferme. En fait ce qu'il faut faire c'est aider à la construction d'une serre, encore mieux ! Après une journée, les gens sont cools, le travail est intéressant et pas trop difficile, cool !

Mercredi 7 juin

Bis ! Une perspective de travail pour 3-4 semaines, trop cool ! Je préfère tellement faire ça que de couper des légumes (et ça compte dans mes 88 jours), beaucoup de travail (40-50h par semaine) mais c'est pas trop mal payé. Si je fais un mois je devrai avoir un bénéfice de 2000$, trop cool !

Mots de la fin

Voilà, pour résumer. Bon gros coup de stress. Erreur à 500$ avec 150$ sur le compte. Vive internet, c'était bien galère de tout gérer tout seul et heureusement que j'ai pu discuter avec les z'hamelin et trouver des spécialistes à appeler. Ça commence à gérer l'anglais. Pas encore mort.

Est-ce que c'était mieux ensuite ? Pas vraiment… mais peut-être que j'en parlerai prochainement !

Bisous