Après une première année pleine de changements, de défis et de galères, j'entame cette deuxième année confiant. Je connais le pays, du monde sur place et je parle mieux anglais. Cette année sera la concrétisation après le dur labeur ? À voir.
Octobre 2017, juste après la ferme je me suis ressourcé pendant 2 semaines en France. C'était agréable de revoir tous les copains et la famille laissés à l'autre bout du monde pendant un an. Deux semaines de pure détente à se faire chouchouter sans penser aux lendemains.
Même si j'avais envie de retourner en Australie, le re-depart est dur. Après cette première année je sais que les potes que je me ferai ne seront que temporaires. Une fois que tu trouves quelqu'un avec qui tu t'entends bien, toi ou elle partira autre part.
Pour débuter ma deuxième année je repars sur des bases connues, je prends une auberge à Coogee pour quelques semaines (j'y ai vécu pendant 7 mois la première année). Nostalgie, je me rappelle encore de mes premiers pas dans cette ville inconnue il y a tout juste un an, mon énorme barda et les 26h de voyage sur le dos à la recherche de mon auberge. Cette année je n'ai même pas besoin de regarder la carte pour trouver les bons transports, je suis comme à la maison.
Pour être plus tranquille j'ai réservé une chambre de 4 personnes mais à l'arrivée on me redirige vers une chambre de 6. Je retourne à la réception pour clamer mon droit (surtout que j'avais payé plus cher) et me remettent dans la bonne chambre. Grand bien m'en a pris, j'aurais fait la rencontre de gens supers !
Sans dépenser toutes mes économies, je sors avec les gens de ma chambre, je bois des verres, je profite quoi. Ça n'a rien à voir avec la première année où tout était difficile en grande partie à cause du niveau d'anglais.
Après s'être remis du jet lag, on passe aux choses sérieuses. On m'a dit que dans la construction il y a plein de boulot. Comme j'ai déjà fait de la restauration l'année d'avant j'ai envie de changer. Même sans encore avoir trouvé de boulot, j'ai confiance. Je commence tranquillement à reprendre le niveau de vie que j'avais en France. J'achète du bon pain, des trucs bios et des extras comme de la bière et du chocolat.
Je trouve une mission de démolition pour quelque temps. Un étage dans un building qui doit être complètement vidé de ses fournitures et de ses murs non porteurs.
Pile à mon premier jour de travail j'emménage dans un appartement à Bondi Beach. J'avais envie de tester autre chose que Coogee, changer de lieu pour ne pas m'appuyer sur mes acquis. C'est une coloc de trois. Des gens qui ont l'air sympa, intérieur sympa et la plage à 10 minutes à pied ! À moi les sessions de surf en partant de l'appart la planche sous le bras !
En à peine 3 semaines après être revenu de France, j'ai un boulot, un appart et tout roule sur des roulettes. Est-ce que j'arrive au niveau des gens qui réussissent tout du premier coup sans soucis ? Mmmmhhhh, pas du tout.

La démolition a été une expérience intéressante. C'est toujours instructif de voir comment ça se passe dans des environnements complètement différents dont on a l'habitude (et de donner des gros coups de masse dans des tables). Bon par contre je ne me faisais pas d'illusion sur la mentalité des personnes travaillant là, des grosses brutes comme on peut l'imaginer. J'essayais d'être gentil et bienveillant mais non, il faut afficher sa virilité et montrer qui est le plus fort. Je faisais mon travail aussi bien que les autres (voire mieux) sans jamais être feignant, mais non. En plus avec mon air gay je sentais bien que j'étais pas très bien accueilli (quand je leur dis que j'ai sauté 2 fois en parachute seul, fais du kung fu et de la boxe ils me regardent avec des yeux l'air de dire menteur, mais bon, les préjugés, tout ça). Bref, j'ai eu pas mal de sous mais j'étais bien content que la mission se termine pour prendre un break.
La construction c'est bien pour avoir un peu de sous pour manger et dormir, mais ce n'est pas une solution viable pour le long terme. Après avoir réfléchi à ce que je voulais faire de ma vie (ça arrive souvent quand tu fais un visa vacances travail), je me suis relancé à trouver un job de webdesigner (la première année j'avais fait pas mal d'entretiens mais ça n'avait pas abouti, notamment à cause de mon visa non permanent). Avec un meilleur niveau d'anglais et une meilleure connaissance du pays je repars à la conquête du Graal. Du coup en parallèle de la construction, je spamme les recruteurs et fais des entretiens.
Avec une entreprise le courant passe bien, premier entretien, deuxième entretien, ça continue sur sa lancée, je suis dans la shortlist. Job intéressant, personnes sympas, paye mirobolante (comparé à ce que j'ai en ce moment) et en plus ils offrent le visa permanent en Australie ! Le Graal je vous dis. Le manager me dit qu'ils hésitent entre moi et une autre personne. Dans tous les cas, ils donneront une réponse avant Noël. Le recruteur devait me rappeler en début de semaine mais pas de news. Le mercredi je décide de l'appeler même si j'aime pas faire ça (mais motivation, points bonus, tout ça). Ce jour là, je me souviens que j'avais travaillé à bouger des cartons de livraison dans une concession avec des Rolls Royce et plein d'autres voitures supers chères. J'appelle de l'arrêt de bus, il pleut à seaux et le vacarme de la route est assourdissant. Là c'est la déception… l'entreprise n'a toujours pas pris de décision et remet ça pour après les vacances. Point marrant, étant donné l'importance de la situation, le bruit autour de moi et pour être sûr que je comprenne tout, pour la première fois le recruteur me parle en français. Certes tout n'est pas perdu mais ça ne me permet pas de prévoir l'avenir ou de passer à autre chose. Après presque deux mois depuis le premier entretien ça commence à faire long. Rendez-vous téléphonique le lundi 8 janvier pour des nouvelles.
Les vacances de Noël arrivent. J'ai un peu de sous de côté mais je ne me plaindrais pas d'en avoir un peu plus pour tenir jusqu'à ma future embauche de webdesigner. Je n'ai pas envie de prendre un job dans la restauration juste pour 2 semaines, et en plus c'est probablement les jours les plus chargés (c'est l'été et quasiment tout le monde est en vacances). J'envoie plein de messages à mon manager dans le bâtiment pour savoir s'il a d'autres missions mais c'est le calme plat. Je me dis que de profiter avant de revenir au rythme métro boulot dodo ne sera pas trop mal. Je me lève, je mange, je regarde des vidéos sur youtube, je vais à la plage, je mange et je me recouche. J'avais des projets de vidéos dans le coin de ma tête mais aucune motivation à entreprendre quelque chose de nouveau, j'arrive pas à me projeter sans connaitre le verdict de ma future embauche ou non. C'est la glandouille totale.
Il y avait une copine de France qui faisait le tour de l'Australie en VAN avec sa copine. Après plusieurs tentatives ratées de se voir, elles reviennent à Sydney pour le jour de l'an, parfait ! Je les invite à la soirée à laquelle j'allais (avec mes anciens potes d'auberge), plus on est de fous plus on rit ! L'année d'avant je n'avais pas pu profiter du feu d'artifice car je travaillais. Passer minuit à côté de l'opéra de Sydney et du Harbour Bridge doit être magique, les images des années précédentes font rêver. Début de soirée chez mes potes et mission visionnage de feu d'artifice enclenchée. Toutes les meilleures places pour profiter du spectacle sont prises dès le midi. On ne voulait pas poireauter pendant des heures et en plus il est interdit de boire dans les parcs, honteux ! Après plusieurs discussions sur l'endroit où aller, on arrive à se faufiler dans un parc avec une vue impeccable sur le Harbour Bridge, et juste à 200m ! Impeccable, plus qu'une heure à attendre.
Minuit, ça pète ! C'est joli, tout le monde est content, bon moment. Quelques minutes plus tard toute la fumée des fusées arrive de notre côté, on ne voit plus grand chose et à peine 12 minutes après le commencement c'est déjà fini. Je repars un peu déçu, un peu overrated comme feu d'artifice. En parallèle mes parents regardaient le live et trouvaient ça magnifique. Photoshop ! Je vous raconte pas le peuple pour reprendre le train et retourner chez mes potes, mais bonne soirée malgré tout (et oui, j'ai revu le live, c'est magnifique, faut juste être au bon endroit sans fumée)
Le glandage continue, c'est agréable, je me dis que j'ai quand même de la chance d'être là où je suis. Je me paye même le luxe de voir mon premier ballet contemporain (Tree of Codes de Wayne McGregor, Olafur Eliasson et Jamie xx). Je comprends pas toutes les significations mais c'est très joli et l'heure de spectacle passe très vite.
Le 8 janvier… toujours pas d'appel. Bon, c'est la reprise après les vacances, je laisse un jour de répit. Le lendemain toujours rien, j'appelle le recruteur. C'est un des meilleurs recruteurs à qui j'ai eu affaire mais bon, ma « peut-être future entreprise » fait de la merde. Ils ont toujours pas pris de décision et en ce moment les dirigeants sont à Londres. La semaine prochaine ils prendront une décision sûr ! Le recruteur me dit de le rappeler si le mardi d'après j'ai toujours pas de news de sa part. Le job n'était pas le cadeau de Noël, sera-t-il le cadeau d'anniversaire ?
Espérons car dans une semaine mon compte affichera 0$. J'envoie des messages tous les jours à mon manager de construction mais pas de boulot. Tu comprends c'est encore plus ou moins les vacances, soit.
Un pote de mon coloc skouatait le canap pour la semaine. Très sympa, on va surfer ensemble de temps en temps. Il me parle d'un festival qui a l'air trop cool la semaine suivante, Elrow. Il y va avec des potes et m'invite à rejoindre la bande si je souhaite. Musique que j'aime, ambiance de folie mais à plus de 100$ le bout, par les temps qui courent ça va être compliqué. Je lui dis que je verrai la semaine prochaine, je saurai si je vais être riche ou non.
Dimanche des gens sont à l'appart en mode pré-soirée (bravo les jeunes qui bossent pas le lundi). Ça boit des bières, ça rigole et on me demande si je sors avec eux. Je leur dis que j'aimerais bien, ils vont dans un club sympa, mais financièrement ça va pas être possible. Ça insiste, j'ai vraiment envie d'y aller mais je résiste. Tout le monde part faire la fête et je me retrouve tout seul dans l'appart. Tristesse. Je mets un peu de musique, bois un Ricard et fais à manger. Ça va mieux.
Lundi, le jour de mon anniversaire, fuck the world, je ne sais pas si la fortune est au tournant mais j'ai trop envie d'aller à ce festival. Je prends un peu des sous qui me restent de France et j'achète la place, après tout j'ai travaillé 6 ans pour ça. Je continue ma matinée à envoyer des candidatures à tout et n'importe quoi, on sait jamais. Les gens se réveillent tranquillement.
La journée continue et personne ne savait que c'était mon anniversaire. Est-ce que je leur dis ? Mouais non, ça fera la mec qui voudrait qu'on lui souhaite. La soirée pointe le bout de son nez et chaque coloc avait invité des potes à venir passer boire quelques verres tranquillement, dingue que ça tombe pile ce jour. On arrive à une dizaine de personnes dans l'appart mais toujours personne ne savait que c'était mon anniversaire. L'alcoolémie montant gentiment, j'ai fini par lâcher le morceau. D'un air calme j'ai dit à une personne que j'étais encore plus vieux aujourd'hui. Forcément le mot s'est passé et tout le monde me l'a souhaité. Mes colocs improvisent un gâteau à base de plaque de chocolat avec une bougie d'intérieur dessus et un peu de confiture pour manger avec le chocolat. Même si je n'aime pas être au centre de l'attention, il faut avouer que c'était cool. Soirée complètement improvisée, plein de gens au même moment et quelques bières dans un bar pour finir.
Le lendemain toujours pas de news pour le boulot, je rappelle. Mauvaise ou bonne nouvelle ? À moi la vie de riche ou on continue les galères ? Une partie de moi n'était pas trop pour retrouver le rythme métro boulot dodo mais bon les bénéfices étaient sans équivoque, fini la galère. Après une discussion très cordiale le verdict tombe, je ne suis pas pris pour le boulot. Le pire, je n'étais pas le moins bon choix, c'est juste qu'ils n'embauchent plus de webdesigner finalement… Te faire poireauter un mois++ pour te dire ça, cimer ! Le recruteur était aussi dégoûté que moi et s'excuse. C'est la vie.
Mes potes de l'auberge ne pouvant pas se libérer la veille pour boire un godet à l'occasion de mon anniversaire. On décide de faire ça le lendemain (eux ils savaient, merci Facebook). On se rejoint dans le centre de Sydney et on va dans un resto. C'était du libre service, je vais commander. Quand je reviens il y avait une banderole comme on voit dans les films avec marqué Happy Birthday. Je crois que c'est la première fois que j'ai ce type de banderole pour mon anniversaire, question de coutume j'imagine (je crois que c'est plutôt commun chez les anglo-saxons). Même si j'apprécie le geste je suis pas trop à l'aise avec ça, surtout en plein milieu du resto. On finit les plats et arrive… le gâteau avec les bougies et tout le tintouin. Pareil, toujours pas très à l'aise mais c'est plaisant. On finit à boire quelques bières et profiter de la soirée, c'était cool.
Le yoyo émotionnel reprend la partie. Pas de futur job cool à l'horizon ni de moins cool en attendant. Mon manager dans le bâtiment envoie des fois des messages à 5-6h du mat' pour un job le jour même. Mode bouche trou vous avez dit ? Mais bon c'est la seule chance que j'ai pour avoir de la thune rapidement. Le truc aussi, si tu dors (ce qui arrive généralement à cette heure là) et que tu réponds trop tard, quelqu'un aura pris ta place. Déjà que ça me motive pas trop de refaire de la construction (j'ai vraiment envie de retourner à quelque chose d'intéressant et créatif), s'il faut se mettre en mode esclave++ ça me motive encore moins. Mais bon pas le choix.
La semaine se passe et c'est l'heure de faire la fête à Elrow avec les copains. Pré-soirée chez des potes de potes. Une vingtaine de personnes qui se préparent à tout donner sur le dance floor. Arrivé sur place c'est blindé, presque tout le monde est déguisé, maquillé, des couleurs en veux-tu en voilà, grosse ambiance, c'était cool ! Du coup le dimanche je dors la plupart de la journée.
Je me relance dans le spam de recruteurs, on me contacte via le formulaire de mon site, mes expériences plaisent mais la conversation s'arrête à chaque fois que je dis que mon visa n'est pas permanent. Est-ce vraiment le visa ou que je suis nul ? Y'a de quoi se poser la question. Je m'inscris dans d'autres agences de construction. On arrive fin janvier, je vois plein de backpackers aller sur les chantiers mais mon manager ne me donne pas de boulot. Ça sentirait pas un peu le blacklistage ? Je fais bien mon boulot et je veux juste de la thune merde. J'arrive à choper 1 ou 2 jours par-ci par-là en répondant le matin même. Bref, ça évite la noyade.
Pour économiser des sous j'ai réduit drastiquement le budget bouffe. Ça m'avait réussi la première année pour m'acheter ma voiture, je ne fais que 2 repas par jour plus des petits gâteaux/fruits quand il y a un petit creux. Après 3 semaines ça commence à être trop dur. Je n'achète pas des trucs super chers mais j'optimise au maximum pour avoir 3 repas par jour.
La copine de France repart chez papa et maman. Le jour d'avant, on passe un bon moment à la plage, à discuter et à surfer. Le truc chiant avec les bons moments c'est que les lendemains sont encore plus durs quand la réalité réapparait.
Que vais-je faire de toutes ces émotions négatives et de tous ces rejets ? Transférons les en créant quelque chose. La vidéo que j'avais dans le coin de la tête sera parfaite pour ça. Je me motive à prendre des vidéos de drone de Bondi Beach au lever et au coucher de soleil. J'avais commencé à faire du Motion Design, allons plus loin en intégrant une séquence complète en animation.
Je passe une dizaine de jours à bosser dessus. Parfois je commence à 9h et à minuit j'y suis toujours (avec une pause à la plage quand même). Tous mes soucis sont mis de côté, j'apprécie ce que je fais. Ça paye pas les pistaches mais c'est déjà ça.
Je demande à des ami•e•s leur avis sur quelques points, j'améliore la vidéo et je la publie. Tout le monde me félicite sur mon travail, ça plait beaucoup. Smiley content.
À un moment il faut retourner à la réalité (encore). J'étais content de pas être appelé pendant ma semaine de travail sur la vidéo mais maintenant il me faut des sous (toujours). Ce qui est sûr c'est que si je continue dans cette direction c'est le rentrage en France assuré. Un changement de stratégie s'impose. Les entreprises ne veulent pas m'embaucher à cause de mon visa, je me concentre donc sur les jobs freelances. Je m'informe sur les procédures à suivre, je m'inscris à des meetups, je m'abonne à des groupes facebook et je me mets à écouter ce très bon podcast sur les nomades digitaux. J'ai du mal à rentrer en contact avec les gens à des meetups, je suis plus à l'aise à envoyer des messages (même si je sais que ce n'est pas la meilleure solution). Du coup dès qu'une annonce est faite sur un groupe Facebook ou autre je spamme.
Une partie de moi arrive à garder le cap avec cette attitude volontaire, mais avec le temps qui passe et une situation toujours aussi déplaisante, l'autre partie de moi, mal à l'aise, grandit de jour en jour.
J'avais songé un moment à trouver une coloc moins chère mais forcément très loin de la mer. À posteriori c'était une bonne décision de ne pas bouger. J'ai réussi à trouver un moment de détente chaque jour à la plage, une petite baignade, un podcast et ça va mieux. Le surf n'était pas bon à ce moment, je galérais, niveau de la plage trop élevé, trop de monde, bref je ne prenais aucun plaisir. Le surf n'était pas la bonne solution mais la baignade avec vagues oui.
En répondant à un message tôt le matin j'arrive à choper une mission de quelques jours dans la construction. Money ! C'était un bar/restaurant gay (ahah les gens de la construction qui travaillent pour un bar/restaurant gay), ils étaient à l'arrache dans les travaux et voulaient ouvrir pour Mardi Gras (Gay Pride) trois semaines plus tard. Bon même topo, des grosses brutes qui gueulent tout le temps (love) mais 10h de travail par jour ça refait le porte monnaie.
Le 11 février mes parents arrivent en Australie pour faire un petit tour. Ils atterrissent à Adélaide, vont entre autres à Melbourne et au gros rocher rouge pour arriver à Sydney deux semaines plus tard. Ils prennent une SIM locale et on s'appelle. J'essaye de savoir comment s'est passé leur voyage depuis la France, s'ils vont bien mais la première conversation consiste principalement à parler de comment il était compliqué d'activer la carte SIM. Bien loin de mes préoccupations actuelles.
Le lundi 19 février je trouve une annonce intéressante pour un job de webdesigner. J'envoie un message au gars, on discute de mes expériences et tout ça mais rien de concret. Quatre jours plus tard je le relance. Je crois que j'ai bien fait, on parle de salaire et je pose une question. Elle sera sans réponse.
J'arrive à avoir quelques jours dans la construction mais ça ne suffit pas pour tenir le niveau du compte en banque.
Le lundi 26 février mes parents arrivent à Sydney pour la semaine. Ça tombe bien que je n'ai pas de boulot, je peux les accueillir à l'aéroport et faire le guide le reste du temps. Je les emmène dans tous les coins de Sydney (même au défilé de Mardi gras, à 60 ans, première Gay Pride, sisi), on se fait des restos midi et soir (je crois que j'ai fait plus de restos en une semaine que pendant mon année et demie en Australie), bref on passe du bon temps. Tout le monde apprécie les visites mais malgré tout une partie de moi est absente. Pensant à la suite et à la fin de vie de roi.
Dimanche mes parents s'envolent et retournent en France. Départ difficile.
Retour au train train quotidien. La carte grise de ma voiture expirait bientôt et je devais faire un contrôle technique. J'avais visité auparavant les garages de Bondi pour en trouver un sympa. Sur les trois j'en choisis un, le gars avait l'air cool et donc le lundi j'apporte ma voiture. Une heure plus tard je retourne au garage pour savoir si ça va me couter bonbon ou non. Le gars qui avait l'air cool est toujours là mais ce n'est pas le mécano. Le mécano est une grosse brute qui ne parle qu'en gueulant (tout ce que j'aime) et m'annonce une facture à plus de 1500$. Il fallait changer les blocs feux car le plastique est trop jaune (soit, mais les anciens proprios ont bien passé le contrôle avec ces blocs), le pare-brise (rien à dire là dessus mais il se fait plaiz sur le prix) et 40$ pour deux essuie-glaces (LAUL). J'ai bien choisi mon garagiste. N'ayant pas ce montant de toute façon, je refuse de faire les réparations avec eux. Et puis j'avais déjà démonté les blocs feux pour changer une ampoule, je peux donc les changer moi-même.
J'essaye de trouver des blocs feux sur internet mais impossible à repérer. J'appelle Subaru pour savoir combien ça coute… 600$ neuf l'unité… no way. J'appelle une casse, ils me disent qu'ils peuvent me faire le lot à 300$, cool, mais qu'ils en ont pas pour le moment, moins cool. J'essaye de négocier avec le garagiste pour ne pas changer les blocs feu mais non, la grosse brute a gueulé. Lui vivant impossible de faire passer le contrôle technique dans ces conditions. La carte grise expire dans une semaine, ça va être compliqué.
Mardi noir, dur retour à la réalité. Une situation qui ne s'arrange pas, impossible de réparer ma voiture dans les temps pour pas trop cher, pour la première fois depuis un an et demi je songe à rentrer en France. Malgré tout je regarde les annonces dans la restauration et prépare mon CV. Si la construction ne veut pas de moi peut-être que la restauration oui. Ça me fait vraiment pas envie, j'aimerais tellement quelque chose d'intéressant et créatif, mais bon, pas le choix.
Le mercredi je donne mes CVs dans les bars et restos quand en fin de matinée le gars qui avait laissé ma question en suspens me recontacte. Il me demande plus d'informations et des exemples de code que j'ai pu écrire. C'est moi ou ça sent bon ? Je rentre vite fait chez moi et prépare tout ça. Un peu plus tard dans la journée le directeur technique valide mon travail (bon en fait ils sont que deux dans la startup, en gros le directeur technique c'est celui qui s'occupe du développement). Cool, le commercial m'envoie les informations sur les interfaces à produire pour que je puisse faire un devis. J'ai plein de questions pour évaluer le travail à faire et donner un prix précis. On se fixe un rendez-vous téléphonique le lendemain après-midi.
Jeudi, le jour suivant, je sens le vent tourner en mon sens. Même si rien est signé, l'objectif d'avoir un job intéressant s'approche de plus en plus. N'ayant jamais fait de mission freelance je regarde comment ça se passe, les contrats, devis, tout ça. Je pourrais donner des documents pré-faits mais ça ne me plaît pas. Je décide donc de me faire un beau design de document avec mon logo et mes couleurs (chose la plus importante au monde) pour envoyer devis et contrats. L'après-midi, en mode startup à l'arrache, le gars décale d'une heure le rendez-vous. On s'appelle mais le gars est commercial et la plupart de mes questions sont techniques. Je rédige donc un mail avec toutes mes questions pour le directeur technique.
Pendant la fin de semaine et le weekend, plein d'allers-retours et avec autant de questions se font. Après quelques incompréhensions corrigées j'envoie mon devis le dimanche. J'ai bien galéré, mon cerveau a bien cramé (premier devis ever, et en anglais), mais c'est envoyé. Plus qu'à croiser les doigts.
Le lundi je reçois un message du commercial. Le devis est signé et mon compte s'enjaille des dollars payés pour la première partie du projet. Délivrance !
Est-ce que ça se passera mieux après ? Toujours de bonnes grosses galères mais avec un stress un peu mieux géré je dirais #spécialisteEnGalère.
Voilà une partie des plus compliquées que j'ai eu à vivre je pense. Je savais bien que si j'avais besoin, mes parents pouvaient me payer un billet retour, qu'il me restait encore un peu de sous sur mon compte français et que ce n'est rien comparé à d'autres gens. Mais en ajoutant le fait d'être rejeté de toutes parts en faisant du mieux qu'on peut, le yoyo émotionnel avec quelques bons moments, c'était très éprouvant. Après ma première année j'avais déjà relativisé et j'avais bien compris que ma vie en France c'était du luxe (mais je ne le savais pas à l'époque). Cette deuxième année en a remis une couche histoire de ne pas l'oublier.
Le point fort que j'en retire est que je comprends mieux comment les humains fonctionnent. Avec le temps que j'avais, j'ai pu étudier et écouter beaucoup de podcasts sur la chose et faire un parallèle avec mon expérience. Et ça c'est fichtrement intéressant !